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Pâques 2008 : Homélie de Mgr Laurent Monsengwo
 

 

« Lumière du Christ !
Nous rendons grâces à Dieu »
(Missel Romain)

Chers frères et sœurs,

1. Lumière du Christ ! Telle est l’Annonce joyeuse que fait le diacre (ou prêtre) au peuple de Dieu rassemblé, cependant qu’il lui montre le Cierge pascal qu’il porte et qui représente le Christ ressuscité. Heureux de célébrer sa rédemption, le peuple répond en chœur : « Nous rendons grâce à Dieu » ! Comment, en effet, ne pas rendre grâce à Dieu face aux merveilles de la rédemption et à la victoire du Christ ressuscité sur la mort !

2. Lumière du Christ ! Une acclamation qui frappe chacun(e) dans cette obscurité totale, pendant que toutes les lumières de l’église sont éteintes et que seule brille et éclaire la lumière du Cierge pascal.

3. Lumière du Christ ! Une acclamation qui reçoit tout son sens, lorsque l’évêque, les prêtres et tous les fidèles tirent successivement du Cierge pascal, c’est-à-dire du Christ ressuscité, la lumière de leurs propres bougies chacun(e) prend conscience que le Christ est réellement la lumière des Nations, laquelle doit se refléter sur le visage de l’Eglise (cf. LG, 1).

4. Ces gestes parlent encore davantage, quand on jette un regard sur la prière de bénédiction du feu, dont est tirée la flamme du Cierge pascal : « Seigneur notre Dieu, dit le prêtre, par ton Fils qui est la lumière du monde, tu as donné aux hommes la clarté de ta lumière ; daigne bénir cette flamme qui brille dans la nuit ; accorde-nous d’être enflammés d’un si grand désir du Ciel, que nous puissions parvenir, avec un cœur pur, aux fêtes de l’éternelle lumière ». Oui, la nuit de Pâques, le Christ lumière du monde brille et nous enveloppe de la clarté de sa lumière éternelle. De toute éternité, il est « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière »(Credo).

Chers frères et sœurs,

5. Dans les ténèbres de ce monde pécheur, le Christ Rédempteur brille comme une Lumière éternelle, de même que dans le désordre initial et l’abîme originel brilla la Lumière de la Parole créatrice de Dieu : « Que la lumière soit et la lumière fut » (Gn 1,3). Cette lumière éternelle de Dieu communiquée à l’univers fut dans la suite obscurcie par le péché de l’homme, mais le Christ ressuscité la redonne à l’humanité, à chacun(e) de nous, pour qu’affranchi(e)s de l’esclavage du péché grâce au sacrifice rédempteur du Christ, nous marchions dans la clarté de sa Lumière qui ne connaît point de crépuscule. Le Christ est la lumière du monde et nous empruntons de Lui de quoi devenir nous aussi « Lumière du monde ». « Vous êtes la lumière du monde […]. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5,14.16).

6. La Lumière du Christ ! qui brille dans la nuit de Pâques, signifie dès lors le retour à la clarté originelle de la Lumière éternelle de Dieu, car « Dieu est lumière » (1 Jn 1,5). La lumière du Christ ressuscité sanctionne la restauration de l’ordre initial voulu par Dieu pour sa création.

7. « Lumière du Christ » veut donc dire victoire du Christ sur les ténèbres du péché et dès lors victoire de Dieu sur la mort et sur toutes les causes physiques et spirituelles de mort, victoire du Christ sur le désordre originel du monde, marche de l’humanité à la rencontre de la « Joyeuse lumière et splendeur éternelle du Père qu’est le saint et bienheureux Jésus Christ ». La « lumière du Christ » dit une création nouvelle (cf. 2 Cor 5,17).

8. Bien que dans le Bible, la nuit et les ténèbres symbolisent généralement le péché (cf. Jn 13,30 ; 1 Th 5,5), la nuit pascale est cependant une nuit spéciale : elle participe de la lumière de la Résurrection, car en cette nuit brille le Christ ressuscité. « Elle est la nuit où le feu d’une colonne lumineuse repoussait les ténèbres du péchés », « la nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers », « la nuit du vrai bonheur : qui seule put connaître cette heure où le Christ a surgi des enfers » ; « nuit du vrai bonheur, où le Ciel s’unit à la terre, où l’homme rencontre Dieu » (Chant de l’Exsultet). La vie de l’homme et l’avenir de l’humanité peuvent fixer le regard sur un horizon serein et non pas bouché. C’est désormais le pardon de Dieu et sa réconciliation irréversible avec l’humanité devenue une seule famille, conformément au plan initial de Dieu.

9. Aussi la lumière du Christ est-elle porteuse d’espérance : le mystère pascal est le condensé de tous les espoirs de l’humanité. Car depuis les origines (Gn 3,15) l’humanité est en quête incessante de vie, de vie en surabondance et de croissance à tous égards. En effet, le mystère pascal est victoire sur les forces du mal et victoire sur la mort et ses chaînes. « Où est-elle, ô mort, ta victoire » (1 Cor 15,55) ? Ô mort, où sont tes ténèbres épaisses ? …

10. En recevant tous(tes) cette nuit notre lumière du Cierge pascal ou Christ Ressuscité, nous avons accompli un geste bien symbolique qui rappelle notre baptême, lorsque le prêtre nous dit : « Recevez la lumière du Christ ! » Cette lumière, nous étions appelés avec nos parents, parrains et marraines à la tenir allumée tout au long de notre vie, afin qu’elle soit encore telle le jour de notre rencontre avec le Seigneur.

11. Effectivement le Baptême est indissolublement lié à la mort et à la résurrection du Christ. Comme le dit l’Apôtre Paul : « Nous avons donc été ensevelis avec lui (= le Christ) par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (Rm 6,4). Etre baptisé signifie : mourir avec le Christ, pour ressusciter avec lui, c’est-à-dire se convertir et vivre d’une vie nouvelle. Aussi disons-nous au baptême que nous renonçons à Satan et au Péché et que nous croyons en Dieu Père, Fils et Saint Esprit. Le baptême est une exigence de vie nouvelle, une exigence de metanoia quotidienne, dont l’aboutissement normal est la résurrection éternelle. Le baptême appelle une vie de lumière, car nous sommes des « fils(les) de la lumière, des fils(les) du jour. Nous ne sommes pas de la nuit, des ténèbres » ( 1 Th 5,5).

12. Tenons dès lors à notre mot d’ordre : « Kinshasa, lève-toi et resplendis de la lumière du Christ ». Que chacun(e) de nous garde allumée la lumière qu’il(elle) a reçue cette nuit du Christ Ressuscité. Quittons les ténèbres du péché pour vivre d’une vie nouvelle. Quittons l’esclavage du péché et des anti-valeurs dont le Christ, par le baptême, nous a libérés (cf. Gal 5,1). Libérons-nous des pratiques fétiches d’un autre âge ; libérons-nous de faux messianismes, quittons toute idolâtrie, libérons-nous de mouvements soi-disant mystiques qui contredisent la foi au Christ. Abandonnons les fausses sécurités fondées sur le kindokisme. Elles ont suffisamment fait régresser notre pays, qui n’est plus en ces jours que l’ombre de lui-même.

13. « Il ne faut pas donner prise au diable. Que celui qui volait ne vole plus ; qu’il prenne plutôt la peine de travailler de ses mains, au point de pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux. De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent. Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption. Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes. Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (Eph 4,27-32).

14. En un mot, la fête de Pâques est une interpellation adressée à chacun(e) de nous, pour que, grâce à notre lumière, par le travail honnête, digne et productif, la RDCongo puisse ressusciter une fois pour toutes, pour le vrai bonheur de ses fils et filles. Pour ce faire, nous devons abandonner le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau, créé à l’image de Dieu (Cf. Col 3,9).

15. Puisse le Seigneur nous faire à tous(tes) la grâce de voir la lumière du Christ ressuscitant dans la gloire dissiper les ténèbres de notre cœur, de notre esprit et de nos vies. A chacun(e) je souhaite de joyeuses Pâques dans le Christ Sauveur. Amen.


+ L. MONSENGWO PASINYA
Archevêque de Kinshasa
23.03.08