Chers frères et sœurs,
1. Lumière du Christ !
Telle est l’Annonce joyeuse que fait le diacre (ou prêtre)
au peuple de Dieu rassemblé, cependant qu’il lui
montre le Cierge pascal qu’il porte et qui représente
le Christ ressuscité. Heureux de célébrer
sa rédemption, le peuple répond en chœur :
« Nous rendons grâce à Dieu » !
Comment, en effet, ne pas rendre grâce à Dieu
face aux merveilles de la rédemption et à
la victoire du Christ ressuscité sur la mort !
2. Lumière du Christ !
Une acclamation qui frappe chacun(e) dans cette obscurité
totale, pendant que toutes les lumières de l’église
sont éteintes et que seule brille et éclaire
la lumière du Cierge pascal.
3. Lumière du Christ ! Une
acclamation qui reçoit tout son sens, lorsque l’évêque,
les prêtres et tous les fidèles tirent successivement
du Cierge pascal, c’est-à-dire du Christ ressuscité,
la lumière de leurs propres bougies chacun(e) prend
conscience que le Christ est réellement la lumière
des Nations, laquelle doit se refléter sur le visage
de l’Eglise (cf. LG, 1).
4. Ces gestes parlent encore davantage,
quand on jette un regard sur la prière de bénédiction
du feu, dont est tirée la flamme du Cierge pascal
: « Seigneur notre Dieu, dit le prêtre, par
ton Fils qui est la lumière du monde, tu as donné
aux hommes la clarté de ta lumière
; daigne bénir cette flamme
qui brille dans la nuit ; accorde-nous
d’être enflammés d’un si grand désir
du Ciel, que nous puissions parvenir, avec un cœur pur,
aux fêtes de l’éternelle lumière ».
Oui, la nuit de Pâques, le Christ lumière
du monde brille et nous enveloppe de la clarté
de sa lumière éternelle. De toute éternité,
il est « Dieu né de Dieu, Lumière
née de la Lumière »(Credo).
Chers frères et sœurs,
5. Dans les ténèbres de ce
monde pécheur, le Christ Rédempteur
brille comme une Lumière éternelle,
de même que dans le désordre initial
et l’abîme originel brilla la Lumière
de la Parole créatrice de Dieu : « Que
la lumière soit et la lumière fut »
(Gn 1,3). Cette lumière éternelle
de Dieu communiquée à l’univers fut dans la
suite obscurcie par le péché de l’homme, mais
le Christ ressuscité la redonne à l’humanité,
à chacun(e) de nous, pour qu’affranchi(e)s de l’esclavage
du péché grâce au sacrifice rédempteur
du Christ, nous marchions dans la clarté
de sa Lumière qui ne connaît point
de crépuscule. Le Christ est la lumière du
monde et nous empruntons de Lui de quoi devenir nous aussi
« Lumière du monde
». « Vous êtes la lumière du
monde […]. Ainsi votre lumière doit-elle
briller devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes
œuvres et glorifient votre Père qui est dans les
cieux » (Mt 5,14.16).
6. La Lumière du Christ
! qui brille dans la nuit de Pâques, signifie
dès lors le retour à la clarté
originelle de la Lumière éternelle de Dieu,
car « Dieu est lumière » (1
Jn 1,5). La lumière du Christ ressuscité sanctionne
la restauration de l’ordre initial voulu
par Dieu pour sa création.
7. « Lumière du Christ
» veut donc dire victoire du Christ
sur les ténèbres du péché et
dès lors victoire de Dieu sur la mort et sur toutes
les causes physiques et spirituelles de mort, victoire du
Christ sur le désordre originel du monde, marche
de l’humanité à la rencontre de la
« Joyeuse lumière et splendeur éternelle
du Père qu’est le saint et bienheureux Jésus
Christ ». La « lumière du Christ
» dit une création nouvelle (cf. 2 Cor 5,17).
8. Bien que dans le Bible, la nuit et les
ténèbres symbolisent généralement
le péché (cf. Jn 13,30 ; 1 Th 5,5), la
nuit pascale est cependant une nuit spéciale : elle
participe de la lumière de la Résurrection,
car en cette nuit brille le Christ ressuscité.
« Elle est la nuit où le feu d’une colonne
lumineuse repoussait les ténèbres du péchés
», « la nuit où le Christ, brisant les
liens de la mort, s’est relevé victorieux des
enfers », « la nuit du vrai bonheur
: qui seule put connaître cette heure où le
Christ a surgi des enfers » ; « nuit du vrai
bonheur, où le Ciel s’unit à la terre,
où l’homme rencontre Dieu » (Chant
de l’Exsultet). La vie de l’homme et l’avenir de l’humanité
peuvent fixer le regard sur un horizon serein et non pas
bouché. C’est désormais le pardon
de Dieu et sa réconciliation irréversible
avec l’humanité devenue une seule famille,
conformément au plan initial de Dieu.
9. Aussi la lumière du Christ
est-elle porteuse d’espérance : le mystère
pascal est le condensé de tous les espoirs
de l’humanité. Car depuis les origines (Gn 3,15)
l’humanité est en quête incessante de vie,
de vie en surabondance et de croissance à tous égards.
En effet, le mystère pascal est victoire sur les
forces du mal et victoire sur la mort et ses chaînes.
« Où est-elle, ô mort, ta victoire
» (1 Cor 15,55) ? Ô mort, où sont tes
ténèbres épaisses ? …
10. En recevant tous(tes) cette nuit notre
lumière du Cierge pascal ou Christ Ressuscité,
nous avons accompli un geste bien symbolique qui rappelle
notre baptême, lorsque le prêtre nous dit :
« Recevez la lumière du Christ ! » Cette
lumière, nous étions appelés avec nos
parents, parrains et marraines à la tenir allumée
tout au long de notre vie, afin qu’elle soit encore telle
le jour de notre rencontre avec le Seigneur.
11. Effectivement le Baptême est
indissolublement lié à la mort et à
la résurrection du Christ. Comme le dit l’Apôtre
Paul : « Nous avons donc été ensevelis
avec lui (= le Christ) par le baptême dans la mort,
afin que, comme le Christ est ressuscité des morts
par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans
une vie nouvelle » (Rm 6,4). Etre baptisé signifie
: mourir avec le Christ, pour ressusciter avec lui, c’est-à-dire
se convertir et vivre d’une vie nouvelle. Aussi disons-nous
au baptême que nous renonçons à Satan
et au Péché et que nous croyons en Dieu Père,
Fils et Saint Esprit. Le baptême est une exigence
de vie nouvelle, une exigence de metanoia quotidienne, dont
l’aboutissement normal est la résurrection éternelle.
Le baptême appelle une vie de lumière, car
nous sommes des « fils(les) de la lumière,
des fils(les) du jour. Nous ne sommes pas de la nuit, des
ténèbres » ( 1 Th 5,5).
12. Tenons dès lors à notre
mot d’ordre : « Kinshasa, lève-toi et resplendis
de la lumière du Christ ». Que chacun(e) de
nous garde allumée la lumière qu’il(elle)
a reçue cette nuit du Christ Ressuscité. Quittons
les ténèbres du péché pour vivre
d’une vie nouvelle. Quittons l’esclavage du péché
et des anti-valeurs dont le Christ, par le baptême,
nous a libérés (cf. Gal 5,1). Libérons-nous
des pratiques fétiches d’un autre âge ; libérons-nous
de faux messianismes, quittons toute idolâtrie, libérons-nous
de mouvements soi-disant mystiques qui contredisent la foi
au Christ. Abandonnons les fausses sécurités
fondées sur le kindokisme. Elles ont suffisamment
fait régresser notre pays, qui n’est plus en ces
jours que l’ombre de lui-même.
13. « Il ne faut pas donner prise
au diable. Que celui qui volait ne vole plus ; qu’il prenne
plutôt la peine de travailler de ses mains, au point
de pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux.
De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais
plutôt toute parole capable d’édifier, quand
il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent.
Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués
de son sceau pour le jour de la rédemption. Aigreur,
emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela
doit être extirpé de chez vous, avec la malice
sous toutes ses formes. Montrez-vous au contraire bons et
compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement,
comme Dieu vous a pardonné dans le Christ »
(Eph 4,27-32).
14. En un mot, la fête de Pâques
est une interpellation adressée à chacun(e)
de nous, pour que, grâce à notre lumière,
par le travail honnête, digne et productif, la RDCongo
puisse ressusciter une fois pour toutes, pour le vrai bonheur
de ses fils et filles. Pour ce faire, nous devons abandonner
le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau, créé
à l’image de Dieu (Cf. Col 3,9).
15. Puisse le Seigneur nous faire à
tous(tes) la grâce de voir la lumière du Christ
ressuscitant dans la gloire dissiper les ténèbres
de notre cœur, de notre esprit et de nos vies. A chacun(e)
je souhaite de joyeuses Pâques dans le Christ Sauveur.
Amen.
+ L. MONSENGWO PASINYA
Archevêque de Kinshasa
23.03.08