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Ecoles Conventionnées Catholiques de Kinshasa
 

 

Mgr Monsengwo et les élèves au Sanctuaire

Mardi 26 février 2008, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, Archevêque de Kinshasa, a présidé une célébration eucharistique à 9 heures au Sanctuaire Notre Dame de la Paix à l’Archevêché à l’intention des élèves et enseignants des Ecoles Conventionnées Catholiques de Kinshasa à l’occasion du 31ème anniversaire de la signature de la Convention de Gestion des Ecoles Nationales entre la République du Zaïre, représentée par le Commissaire d’Etat chargé de l’Education Nationale et l’Eglise Catholique du Zaïre, représentée par S.E. Mgr Yungu, Evêque de Tshumbe, Président de la Conférence Episcopale du Zaïre.

Dans son homélie, l'Archevêque de Kinshasa a martelé que "L'école n'est pas une entreprise commerciale, destinée à exploiter parents et élèves".

 

Adresse de Mgr L. MONSENGWO PASINYA

Chers frères et soeurs,

1. Je suis heureux de vous rencontrer tous(tes) en ce haut lieu de pèlerinage diocésain qu'est le Sanctuaire Notre Dame de Fatima. Situé dans l'enceinte de l'Archevêché, ce sanctuaire lie spécialement les pèlerins avec l'évêque, signe visible de l'unité de la communauté diocésaine. Tandis que les pèlerins s'engagent spontanément à prier pour leur pasteur, celui ci, à son tour, confie les fidèles qui lui sont échus en partage à la protection maternelle de la Vierge Marie notre Mère.

2. Aussi est ce de tout coeur que je vous salue et vous remercie tous(tes) d'être venus à cette première rencontre, organisée dans le cadre des entretiens du nouvel Archevêque avec tous les groupes constitués de notre archidiocèse. Soyez tous remerciés : M. l'Abbé Coordinateur et ses adjoints, les présidents des Conseils pédagogiques, les Conseillers d'enseignement, les préfets, les directeurs(trices), les professeurs, les enseignants(tes), le personnel chargé de l'administration et de la discipline et tous les élèves.

3. L'Eglise a toujours accordé à l'éducation en ce compris l'éducation scolaire une grande importance, au point que le Concile Vatican II a consacré à l'éducation une réflexion attentive, dont est issue une Déclaration. Dans celle ci, non seulement l'Eglise affirme « l'extrême importance de l'éducation dans la vie de l'homme et son importance croissante sur la société moderne > (G.I., Préambule), mais en outre elle insiste sur le droit universel à l'éducation sans discrimination pour tous les hommes et femmes, les adultes, les enfants et les jeunes (n. 1). Ce droit s'étend aussi à l'éducation chrétienne, morale et religieuse dûment dispensée en famille par les parents et à l'école par d'autres acteurs sociaux (nn. 2 7).

4. Si l'Eglise attache autant d'importance à l'école et à l'alphabétisation, c'est parce que, outre le développement qu'elles apportent à l'homme, notre Dieu s'est révélé à travers des textes écrits. Apprendre à lire donne à la personne l'opportunité d'entrer en contact direct avec Dieu et ses saintes Ecritures et de bénéficier de l'illumination de l'Esprit Saint dans l'intelligence du Message révélé.

5. Parlant de l'Enfant Jésus, l'Evangile nous dit : « Jésus progressait en sagesse et en taille et en grâce devant Dieu devant les hommes » (Lc 2,52). Effectivement créé à l'image de Dieu et dès lors doué d'intelligence et de volonté (cf Gn 1,27), l'être humain a un désir inné de croître et de grandir « en âge, en intelligence, en sagesse ». Il aime savoir plus, pour être plus et vivre mieux; il aime augmenter ses connaissances, pour maîtriser les instruments et les techniques qui le conduisent à avoir plus. Etre plus pour avoir plus et avoir plus pour être plus, sans pour autant confondre l'avoir et l'être, telle est la définition du développement.

6. De nos jours la voie la plus indiquée sinon la voie obligée pour savoir plus et connaître plus, c'est l'école. L'école est le chemin du savoir, à condition qu'on ait de l'école une exacte conception. « Entre tous les moyens d'éducation, l'école tient une importance particulière ; elle est, en vertu de sa mission, le principal facteur de développement des facultés intellectuelles, elle exerce le jugement, elle introduit dans le patrimoine culturel dû aux générations antérieures, elle promeut le sens des valeurs, elle prépare à la vie professionnelle » (Conc. Vat. II, G.I., n. 5).

7. A l'école sont liées les activités suivantes
- l'apprentissage: on va à l'école pour apprendre;
- l'enseignement: on va à l'école pour se laisser enseigner;
- la formation : on va à l'école pour se laisser former ;
- l'éducation : on va à l'école pour se laisser éduquer,
- l'étude: on va à l'école pour étudier.

8. L'école suppose au départ l'envie et le désir d'apprendre, la volonté de connaître, la volonté de savoir, c'est à dire d'apprendre des maîtres et des enseignants expérimentés des choses que soi même on ne sait pas encore. L'école ne devient une partie de plaisir que si ce désir et cette soif d'apprendre sont assouvis ; sinon l'école devient monotone et ennuyeuse. L'école ne devient attrayante que si les nouvelles connaissances acquises sont utiles pour accéder aux valeurs de vie ou de société que l'élève poursuit. L'école n'est agréable que si elle propose des nouveautés, des découvertes, des inventions. Faute de quoi l'école n'a pas de sens, ni d'utilité.

9. Il faut cependant que cette envie d'apprendre trouve dans la société une réponse appropriée. Il faut que la soif d'apprendre soit comblée par l'enseignement théorique et pratique, grâce auquel on instruit une personne et on lui transmet des connaissances nouvelles, avec méthode, de manière cohérente et progressive.

10. Mais il ne suffit pas d'enseigner. L'enseignement doit viser à former et non pas à déformer les personnes. Aussi l'école est elle un modelage. Il s'agit de donner une forme à quelqu'un(e) qui ressemble à une matière brute, à quelqu'un(e) dont le profil moral et intellectuel n'est pas encore poli ni défini. Une telle formation ne réussit que dans la mesure où elle se conforme à certaines règles du jeu, à certaines normes, à certaines valeurs stables de référence. Mais l'élève doit surtout être disposé â se laisser former.

11. C'est à ce niveau qu'intervient l'éducation, qui, au delà de l'instruction, introduit l'enfant dans un monde de valeurs de vie ; elle lui ouvre la voie à la découverte de soi et de son milieu et à l'expérience heureuse de ces valeurs de vie et de société, elle l'initie à se référer à des critères de moralité, pour discerner le bien et le mal.

12. Mais ni la soif d'apprendre, ni l'enseignement, ni la formation et l'éducation ne peuvent porter de fruits sans un apport personnel de l'élève, sans un effort quotidien d'étude et d'assimilation, d'intériorisation des matières apprises. L'oisiveté, la paresse et la médiocrité ne peuvent amener au succès. Labor impavidus omnia vincit (Un travail intrépide et acharné vainc tout).

13. Des considérations émises ci avant, il en découle certaines conséquences que je voudrais
méditer avec vous :

1° L'école est un lieu où l'on va à la recherche de l'excellence et non pas de la médiocrité ou bien de la loi du moindre effort.
2° L'école est un milieu où l'on va à la recherche de la vérité sous toutes ses formes notamment la vérité scientifique et la vérité morale. Il faut bannir de l'école toute forme de mensonge, de tricherie, de duperie et de fausseté : l'école est un milieu de transparence et non de mauvaise foi.
3° L'école est un espace de vertu et non pas de vice. L'école est un lieu de formation et non pas de déformation.
4° L'école doit bannir la corruption autant de la part des autorités, des enseignants que de l'élève. L'élève doit réussir du fait de son intelligence et de son travail, et non pas par d'autres voies, notamment l'argent ou bien la prostitution. Des notes et des promotions acquises par le vice réservent au pays un avenir médiocre.
5° L'école n'est pas une entreprise commerciale, destinée à exploiter parents et élèves. La perception des frais scolaires doit se faire conformément à la justice et à l'équité, de manière à promouvoir le droit à l'éducation de tout enfant, le riche comme le pauvre. L'Eglise et l'Etat doivent y veiller. A ce sujet, on s'en tiendra à la suppression de la « prime » des parents, telle que décidée par les évêques et l'Etat. Aussi l'argent déjà collecté ou à collecter par la coordination diocésaine doit servir à créer un fonds commun qui puisse soulager toutes les écoles, notamment celles fréquentées par les plus démunis et les plus pauvres. Un audit interne veillera à cette fin. Ne détruisons pas d'une main, ce que nous construisons de l'autre.
6° L'école est un espace de discipline et d'ordre et non pas d'anarchie ou de désordre, un espace où l'on forme au respect de la loi ; la loi morale et la loi civile.
7° L'école est en un mot un lieu où l'on éduque aux valeurs et non pas aux antivaleurs : aux valeurs de vie individuelle et aux valeurs de société. La faillite de l'école est une faillite d'un peuple, la faillite d'un pays. L'avenir et le destin d'un peuple et d'une nation se forge à l'école. Aussi l'école doit elle embrasser dans sa formation et dans l'éducation les différents secteurs de la vie humaine. L'école est un espace de savoir vivre et de savoir faire, un lieu de préparation à la vie pratique et professionnelle.
8° L'école est un lieu par excellence de foi en Dieu et en l'homme, d'espérance en une destinée meilleure pour les écoliers, d'amour, de dévouement et de générosité, pour la promotion humaine et sociale d'un peuple et de ses populations.

Conclusion

Ce qui vaut pour toute école, vaut encore davantage pour l'école catholique. En ce jour où nous commémorons la signature de la convention de gestion des écoles conventionnées catholiques, nous demandons expressément à toutes les personnes engagées dans nos écoles de respecter cette convention et surtout l'idéal d'éducation et de formation contenu en elle et dans le règlement intérieur de nos écoles conventionnées, cela conformément à l'esprit et à la lettre de cette convention, telle que voulue par les signataires. Car la convention ne s'interprète pas au gré des humeurs individuelles : du côté de l'Etat, c'est le Ministère de l'Education qui l'interprète et, du côté de l'Eglise, c'est l'Episcopat qui en est l'interprète autorisé et légitime.

« Tout autant que les autres écoles, l'école catholique poursuit des fins culturelles et la formation humaine des jeunes (Mais) ce qui lui appartient en propre, c'est de créer pour la communauté scolaire une atmosphère animée d'un esprit évangélique de liberté et de charité, d'aider les adolescents à développer leur personnalité en faisant en même temps croître cette nouvelle créature qu'ils sont devenus par le baptême et, finalement d'ordonner toute la culture humaine à l'annonce du salut, pour éclairer par la foi la connaissance graduelle que les élèves acquièrent du monde, de la vie et de l'homme » (Conc. Vat. II, G.I., n. 8). L'école est un milieu par excellence d'évangélisation ; gardons lui cette mission.

Nous formons dans la prière le voeu que nos écoles catholiques donnent au pays et à la nation des enfants et des jeunes qui, à l'exemple de Jésus, grandissent en âge, en intelligence, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes (cf Lc 2,27.52). A cette fin, je vous accorde mon affectueuse bénédiction au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen.

+ L. MONSENGWO PASINYA
Archevêque de Kinshasa