Chrétien
et Homme Politique
Excellence
Monseigneur l'Archevêque,
Honorables députés et sénateurs,
Excellences mesdames et messieurs les ministres,
Révérends Pères, Révérends
Abbés,
Révérendes soeurs, Révérends
frères,
Distingués invités, tout protocole observé,
Très chers frères et soeurs dans le Christ.
1.
Je remercie infiniment les organisateurs de m'avoir invité
à témoigner à ce deuxième atelier
national des acteurs politiques catholiques, en ma double
qualité de chrétien et d'homme politique.
2.
Je me souviens qu'en 1988, il y a donc 20 ans, la Commission
Episcopale pour l'Apostolat des Laïcs (CEAL), sous
l'abbé Nsukula m'avait déjà invité
en tant que laïc engagé dans les Equipes Apostoliques
du Corps des Laïcs missionnaires, CLM, en sigle, à
un atelier de réflexion sur les structures du Conseil
pour l'Apostolat des laïcs catholiques au Zaïre
(CALCZ) devenu (CALCC). Mais, retenu par mes nouvelles charges
professionnelles au Conseil National de Sécurité,
je n'ai pu répondre à ce rendez vous.
3.
Je constate donc que la CEAL m'a déjà invité
comme chrétien. Aujourd'hui elle ajoute la dimension
politique. Bien aimés, un moment donné je
me suis même posé la question de savoir si
j'étais vraiment un homme politique ! En effet, pour
beaucoup dans ce domaine, je tenais du prodige; et le choix
opéré par le Chef de l'Etat sur ma modeste
personne en tant que Ministre de la Fonction publique a
fait de moi une question pour les gens de ma maison et pour
tous ceux qui m'ont connu. C'est pourquoi je n'avais de
cesse à demander à Dieu, Père de notre
Seigneur Jésus Christ d'être mon garant et
mon soutien. Oui, une véritable question, une véritable
interrogation pour beaucoup de gens. Je l'ai observé
lorsqu'en tant que Ministre de la Fonction publique, je
continuais à animer des sessions en paroisses. J'ai
vu des frères pleurer d'émotion et d'étonnement
à Saint Cyprien et Sainte Catherine de Binza Ozone,
à Saint Noé Mawaggali de Mont Ngafula, à
Saint Jean apôtre de la Cité Maman Mobutu,
à Saint Jacques de Kinkole, à Notre Dame de
Fatima de Mpila à Brazzaville, à Saint Etienne
de Kisenso, et surtout à Notre Dame d'Afrique et
à Saint Augustin de Lemba. Et que dire de Saint Benoît,
ma paroisse qui connaît les méandres de ma
vie spirituelle et matérielle!
Les amis de la Revue Renaître m'ont vite approché
ainsi que certains journalistes qui avaient eu à
prendre part à mes animations spirituelles. Ils voulaient
savoir comment moi animateur spirituel, je me sentais dans
« ma nouvelle peau de ministre », surtout ministre
dans un ministère réputé difficile
et corrompu ! Tout cela montrait que ce choix, comme disent
les Saintes Ecritures a fait de moi une question pour ceux
qui m'ont connu.
4.
Chrétien et homme politique, pour moi c'est la même
chose, même si dans plusieurs paroisses j'ai entendu
cette phrase : « Frère, chez nous en RDC, tu
peux entrer propre en politique mais tu en sortiras sale,
soit que tu te saliras toi-même, soit qu'on te salira
». A cette phrase, j'avais souvent répondu
: une maman ne fuit pas son bébé parce qu'il
s'est sali ; au contraire, elle préfère se
salir elle même pour rendre propre son enfant. Le
Christ n'a pas fui notre saleté, au contraire il
s'est fait saleté pour nous. Je le disais parce que
je suis convaincu qu'il ne faut pas laisser « un champ
aussi vaste de la charité », l'expression est
du Pape Pie XI, à des gens qui ne considèrent
la politique que comme un moyen de s'enrichir ou de dominer
les autres, ou encore un champ où ne se croisent
que des intérêts. Et dans nos pays, l'intérêt
personnel supplante souvent l'intérêt général.
Les acteurs politiques actuels, surtout les gouvernants
se préoccupent plus de préparer leur prochaine
campagne électorale que de s'attaquer aux dossiers
urgents qui doivent mettre en place les bases solides du
développement durable de notre pays. Voilà
pourquoi beaucoup de chantiers marquent encore le pas. Voilà
aussi pourquoi, à la liste des huit destinataires
de l'Evangélisation évoquée par le
Pape Paul VI dans son exhortation apostolique « Evangelii
nuntiandi n° 51-58 », je souhaite que, s'agissant
de la RDC, l'épiscopat ajoute un neuvième
destinataire, à savoir: la classe politique au pouvoir.
Une catéchèse spéciale et continue
est plus que nécessaire et urgente pour les dirigeants
au pouvoir (Ministres, parlementaires, mandataires des entreprises,
Agents et fonctionnaires de l'Etat, surtout ceux oeuvrant
dans les régies financières).
5.
Je disais que pour moi, être homme politique et chrétien
c'est la même chose! En effet, c'est en tant que chrétien
engagé que j'ai accédé en politique
active et passive. Mon souhait est de rester chrétien
24 heures sur 24, 7 jours sur 7, à temps et à
contre temps. Pour moi je l'ai dit aux amis de la Revue
renaître, au n°11 du 15 juin 2007, les fonctions
politiques passent mais la vie chrétienne est éternelle
pour ceux qui croient, aiment et espèrent. Je dois
vivre les valeurs chrétiennes dans la politique.
Heureusement que la Doctrine sociale de l'Eglise m'y aident.
C'est pourquoi j'ai vite acheté le Compendium de
la Doctrine sociale de l'Eglise.
6.
A présent, si vous le voulez, je vais présenter
brièvement mon itinéraire chrétien
pour montrer que concernant ma vie, être chrétien
et homme politique c'est la même chose.
7.
Chrétien, je le suis depuis le jour de mon baptême
dans l'Eglise Sainte Marie de Kangu dans le Diocèse
de Borna, le 8 septembre 1952, en la fête de la nativité
de la Vierge Marie. En effet, dans les hôpitaux dirigés
par les religieuses, on baptisait les nouveaux nés,
8 jours après la naissance. Mon engagement chrétien
a commencé en 1964. J'étais alors en 6ème
année primaire. Je faisais partie en effet des équipes
apostoliques formées par le Directeur d'Ecole qui
parcouraient à trois les villages environnant la
paroisse de Kangu pour expliquer l'Evangile du dimanche
aux vieux et aux malades qui n'avaient pas la possibilité
d'assister à la messe dominicale à la Mission.
A cet âge aussi, mon papa, responsable du «
Kimvuka » du village me demandait pendant les vacances,
d'animer le chapelet et les prières du soir chaque
mercredi au village.
8.
Mes humanités ont été marquées
par le passage en 1969 du Cardinal Malula à Kangu,
là où, d'après lui, ses parents se
sont mariés. Il revenait de Singini visiter la tombe
du Président Kasa vubu et du petit Séminaire
de Mbata Kiela où ils ont étudié ensemble.
J'étais surtout attiré par sa voix métallique
et le respect de la concordance des temps dans son discours
lorsqu'il nous expliquait le rôle d'un Cardinal dans
l'Eglise.
9.
Mon passage au petit séminaire de Mbata Kiela après
mes humanités comme enseignant me donnait la satisfaction
intérieure de me retrouver devant des futurs prêtres.
Cette joie intérieure a explosé en moi au
cours d'une messe à Saint Benoît lorsque le
Père Curé, Fils de la Charité, annonçait
que la Congrégation des Pères de Scheut venait
d'avoir un nouveau supérieur général
en la personne du Père Edouard Tsimba Ngoma. J'ai
sursauté en disant : « SOCRATE », car
je revoyais encore ce petit garçon de TROLIT (troisième
littéraire) dans les mains du Père André
Dominicy qui donnait les cours de math et physique avec
moi. Au cours de cette même messe, j'admirais le président
de la commission paroissiale du développement. Je
me disais: celui là peut bien être Bourgmestre
de la commune de Lemba et même ministre, car il s'exprime
très bien, voire mieux que certains ministres de
la Transition que j'avais suivi la veille sur Antenne A.
j'y reviendrais.
10.
Mais c'est sur la colline inspirée du Campus universitaire
de Kinshasa que mon engagement chrétien va murir
et les premiers échos d'un bruit de fond de mon combat
politique vont être perceptibles. Le 24 décembre
1975, je suis en 1 er graduat ingénieur, le Cardinal
Malula vient célébrer la messe de minuit au
Campus alors que Mobutu avait déclaré jour
ordinaire le 25 décembre et interdit tout tapage
nocturne après minuit. Je voulais bien revoir celui
qui m'avait impressionné à Kangu. Son homélie
affirmant sa foi en Jésus Christ me bouleversa. Il
disait: « Je crois en Jésus Christ, qu'est
ce que cela change dans ma vie». Je voulais approfondir
la connaissance du Christ. J'achetais avec ma bourse d'étudiants
les trois tomes du Père Bemard Haring, rédemptoriste
sur « La loi du Christ ». Je commençais
à fréquenter la Ligue pour la lecture de la
Bible du Pasteur suisse Danilo Gay et participais aux Groupes
Bibliques Universitaires (GBU) à l'aumônerie
protestante que dirigeait le Pasteur Marini, aujourd'hui
Monseigneur Marini. Insatisfait de la doctrine qui était
véhiculée dans les GBU, je découvrais
en février 1976 un petit groupe de partage biblique
et eucharistique formé autour du Révérend
Père Jacques Paulus. Ce groupe devenait peu à
peu le ter groupe de Renouveau charismatique Catholique
de Kinshasa. J'étais à l'aise! C'est là,
après le séminaire de la vie dans l'Esprit
en 7 semaines, que j'ai reçu l'effusion du Saint
Esprit. Cette grâce de l'Effusion m'a apporté
une nouvelle dimension de ma foi et de mon engagement chrétien
: c'est notamment le souci d'annoncer la Bonne nouvelle
aux pauvres (C'est pourquoi j'ai acheté « Evangelii
nuntiandi » de Paul VI) et d'apporter aux captifs
la délivrance, aux affligés la joie. Les miracles
dont j'étais moi même témoin me convainquaient
que Jésus Christ n'avait pas besoin qu'on lui parle
de l'homme, lui connaît l'homme et tout ce qu'il y
a dans l'homme (Jn 2,25). Par ailleurs, en disant: «
donnez leur vous même à manger », il
engageait ses disciples à s'occuper eux mêmes
de ceux vers lesquels il les envoyait. Beaucoup de frères
entreprirent des actions de développement en orientant
leurs recherches de Biologie sur l'alimentation. De là
sont nés les projets SOYAPRO, KIKALAKASSA, RAT DE
GAMBI, MBONGWANA et JEEP (jardins et élevages des
parcelles). Quant à moi, je m'adonnai à la
lecture des livres sur le développement et sur l'intercession,
en particulier l'intercession mariale. J'ai alors payé
les livres du Père Lebret Economie et Développement,
l'encyclique Populorum progressio de Paul VI et
l'exhortation apostolique Marialis cultus du même
Pape. Le texte de Populorum progressio renvoyait
souvent à un autre texte appelé « Gaudium
et spes », tandis que Marialis cultus
renvoyait à « Lumen gentium ».
C'est ce qui me poussa de payer un à un les 16 documents
du Concile Vatican II en fixant mon choix sur « Gaudium
et Spes » que j'avais commencé à
mémoriser à cause du bon français qui
s'y trouve et sur « Ad gentes » de
l'Activité missionnaire. Le document « Inter
Mirifica » sur la Communication sociale m'avait
été remis par feu Abbé Maba, ancien
recteur à Jean XXIII. Je commençais alors
à m'intéresser aux écrits de l'Eglise
tout en me consacrant à l'Apostolat à travers
de la Légion de Marie où j'ai croisé
le Professeur Malu. J'entrais aussi dans la pastorale estudiantine
sous la supervision de l'Abbé Ruhamani Deogratias.
11.
C’est dans ce contexte que va sortir en 1978 le document
« Appel au redressement de la nation »,
déclaration de la Conférence Episcopale du
Zaïre qui porte les signatures de tous les évêques
et du Secrétaire Général de la CEZ,
l'Abbé Monsengwo Pasinya. L'introduction de cette
déclaration décrivait avec justesse ce que
nous responsables de la pastorale estudiantine vivions de
la part de tous ces étudiants malheureux qui se confiaient
en nous. En vulgarisant ce texte, des étudiants commencèrent
à s'organiser pour se prendre en charge. La définition
du « mal zaïrois » donnée dans ce
texte m'ouvrit les yeux sur le dysfonctionnement de notre
appareil de l'Etat et le renversement des critères
de moralité. Nous lancions alors la chaîne
anti corruption en y impliquant la Ligue pour la lecture
de la Bible. Mais terrassé par la maladie, j'interrompis
mes études pendant 3 ans. Je retrouvais la craie
dans les écoles du Mayombe où je me suis engagé
dans l'apostolat aux côtés de mon grand frère
qui fut Chef catéchiste d'un grand sous poste de
Kangu.
12.
En 1984, au cours de la cérémonie de clôture
d'une semaine des intellectuels catholiques consacrée
aux mouvements mystiques et organisée sur le Campus
universitaire de l'UNIKIN, je venais de reprendre mes études
en Physique, Faculté des Sciences, Son Eminence le
Cardinal Malula va déclarer ce qui s'imprimera définitivement
en moi : « Intellectuels Catholiques, vous voyez la
dérive spirituelle de tous ces hommes qui nous enseignent
et nous dirigent, et là où ils ont amené
le pays avec leur magie. Cessez de vous plaindre sur notre
pays, mais prenez courage et soyez là où se
prennent les décisions concernant les destinées
du Zaïre. A la zone, à la ville ou au quartier,
soyez là. Soyez dans toutes les institutions du Parti
Etat, y compris le Gouvernement et la Présidence
de la République. Et, regardant le Professeur Félix
Malu wa Kalenga, Président de la Commission diocésaine
des intellectuels catholiques de l'époque, il dit:
« soyez comme cet homme qui, pour moi, réalise
en sa personne une synthèse harmonieuse entre la
foi, la science et la vie sacramentelle ».
13.
Depuis ce jour là, je n'avais plus d'ambition de
travailler en laboratoire mais de répercuter ce message.
C'est au cours de cette année que je connaîtrai
la famille Nkema autour de laquelle tournaient plusieurs
personnalités politiques : les nationaux comme les
étrangers. J'étais très content de
cela, mais je n'étais qu'en troisième graduat.
14.
Dès que je termine mes études de physique
en 1987, l'Ambassadeur Nkema qui, à l'époque
était devenu Conseiller Spécial, et que j'avais
connu dans le cadre de la prière, me proposa d'être
Analyste au Conseil National de sécurité.
Lui même me dira qu'il me prit, d'abord à cause
de ma spiritualité. Je réussis mon test et
j'ai été engagé pour trois mois d'essai
en juin 1988 puis confirmé dans la mise en place
de janvier 1989 un mois avant mon mariage. J'eus la chance
pour la 1ère fois de participer à la rédaction
des moutures des discours de présentation des voeux
du Président de la République devant les Corps
constitués et devant le Corps diplomatique en janvier
1989. Lorsque j'entendis le Chef de l'Etat parier des idées
et même des mots que j'ai proposés, j'ai compris
que je faisais désormais partie de la sphère
où se préparent les décisions. Je demandais
alors au Seigneur Jésus et à sa Très
sainte Mère, grâce et soutien. J'étais
désormais convaincu que mes idées pouvaient
être prises en compte dans la prise des décisions.
Je prenais conscience que j'entrais dans l'anti chambre
des hommes politiques. Et c'est là, me semble t il
que j'ai commencé la politique!
Je demandais alors au Saint Esprit de me révéler
les critères de jugement dans ce domaine. C'est en
méditant le psaume du jour prévu à
l'agenda chrétien de 1989 que j'ai retrouvé
les mots ci après: « AMOUR et VERITE se rencontrent,
PAIX et JUSTICE s'embrassent (Ps 85,11)». Ces mots
se sont imposés en moi. Je compris que ces vertus
devront constituer mes critères de jugement si je
voulais faire la politique, active ou passive. Sans être
exégète, je me dis: pour moi, la vérité
impose la rigueur du raisonnement, donc la compétence
; la justice nécessite que le problème soit
bien cerné, d'où l'effort de la documentation
; la paix exige l'indépendance d'esprit sans être
avalé par l'idéologie ; l'Amour tient compte
de l'intérêt général plus que
de l'intérêt personnel ou celui de quelques
individus. C'est d'ailleurs fort de ces vertus que j'ai
été amené à revisiter le dossier
des Rejetés de la Fonction publique en créant
la Commission chargée du Contentieux de Recensement
des agents et fonctionnaires de l'Etat. J'étais convaincu
que ceux des agents qui étaient frappés par
cette mesure à cause uniquement des erreurs ou fautes
commises par l'Administration, devraient automatiquement
être récupérés. Malheureusement,
le Conseil des Ministres en décida autrement en demandant
qu'on s'en tienne à ce qui avait été
décidé par le passé, c'est à
dire, le Gouvernement de transition. Nous avons beaucoup
de choses à dire sur ce point, mais le temps nous
fait défaut.
15.
Depuis vingt ans que je travaille dans les anti chambres
des hommes politiques, je constate que pour son développement
rapide, la RDC a besoin aujourd'hui d'une nouvelle race
des dirigeants, compétents et dotés d'une
grande probité morale, attachés aux quatre
vertus ci dessus. Mon bref séjour au gouvernement
me l'a davantage convaincu. La gestion de la chaîne
de paiement des agents et fonctionnaires de l'Etat par exemple
requiert des hommes honnêtes et intègres. En
effet, alors que c'est la Fonction publique qui est habilitée
à engager les dépenses des rémunérations
des agents et fonctionnaires suivant les données
en sa possession, depuis plus de 2 ans, c'est le Budget
qui le fait à partir des éléments que
lui fournit la Direction de la Paie du Ministère
du Budget. Cette Direction apparaît comme un ministère
dans un ministère. Elle est le siège d'une
maffia entretenue par un réseau d'intérêt
difficile à déboulonner tant que cette paie
restera manuelle, indépendante de la Fonction publique
et animée par des personnes sans foi ni loi, qui
construisent des maisons et paient des véhicules
sur les salaires des autres, imposant le délestage
même dans le paiement des agents et fonctionnaires.
Le système des enveloppes que j'ai qualifié
« d'anonymes » continuent d'être envoyées
aux Chefs lieux de province pour procéder à
la paie sélective voire arbitraire des agents et
fonctionnaires de l'Etat. Chose que nous avons maintes fois
dénoncé à différents échelons
du pouvoir et qui nous a valu des ennuis. Des milliards
de Francs congolais continuent à s'évaporer
à partir de cette chaîne de paiement des agents
et fonctionnaires de l'Etat. Il en est de même des
agents de régies financières qui détournent
des milliards. Certains d'entre eux sont même plus
riches que les ministres et les PDG. Je compris que dénoncer
ne suffit pas, il faut agir. Ayant décidé
de retourner régulièrement au Trésor
public près de 10 millions de Francs congolais, reliquat
de la paie des retraités de la ville de Kinshasa
à partir du mois de mars 2007, un collègue
dira aux syndicalistes : « Monsieur l'Abbé
na bino wana, lokola alingi mbongo te, akota locataire na
gouvernement, akobima pe locataire ». Vrai ou faux,
je n'en sais rien, mais sa prophétie s'est réalisée.
Mais, j'ai la paix du coeur ! Visiblement très soucieux
de moi, ces syndicalistes parmi lesquels se trouvaient deux
de mes anciens co-animateurs dans la Pastorale estudiantine
au Campus, sous Père Célestin Mubengayi, me
déclarèrent: « Frère, ne faut
pas trop mêler la chrétienté dans la
vie politique, sinon okobima na rien ! Oza na bana, oza
pe na mwasi » . Après une réunion du
parti, un membre influent me souffla à l'oreille:
« Excellence, le ministère n'est pas une CEVB.
II faut être honnête, mais il faut aussi voir
l'avenir ». Bien aimés, c'est vrai que ce n'est
pas facile d'être honnête, surtout avec la pression
de la famille et des collaborateurs, mais aussi à
cause de la puissance même de l'Argent. Quelqu'un
a dit: « Quand on parle de l'argent, même les
anges prêtent l'oreille. Ce n'est pas facile de résister
à l'Argent. Lorsque je dénonçais ces
méfaits, deux collègues m'ont interpellé,
l'un disait : « Vieux, tika kaka makambo wana,
omoni ndenge bato batelemeli yo » ! Un autre,
ancien gouverneur du Bas Congo me dit : « bino
Bakongo boza ndenge nini, l'époque de Kasa vubu est
révolue! Mukongo moto ayembaki : Mayi ya ebale soki
ekeyi ezongaka lisusu te ! Mon frère yeba te batu
nyonso oyo badénonça « maffia »
, ils y ont laissé leur peau » ! Bien
aimés, la RDC a besoin aujourd'hui des dirigeants
qui ne tremblent pas devant l'Argent. Mais aussi, il faut
que celui qui travaille ait un bon salaire. Les membres
de ma famille me disent souvent : « Atako ki bokristu
yango, yo moto ozalaki ministre otikala locataire ? »
16.
C'est dans l'exercice de mon ministère d'animation
spirituelle à travers les paroisses, dans le cadre
de nos équipes apostoliques, que j'ai eu la conviction
de pousser les chrétiens engagés à
s'engager dans la politique. Mais lorsque à Saint
Benoît, au cours de la messe où l'on annonçait
que SOCRATE devenait Supérieur des Pères de
Scheut, j'y découvrais comme je l'avais dit plus
haut un papa « ministrable » , je me suis dit
qu'il y en a beaucoup qui se cachent dans nos paroisses.
Cette conviction fut encore réveillée par
l'homélie d'un prêtre visiteur à la
Paroisse Sainte Trinité de Debonhomme qui disait
: « comme vous ne voulez pas faire la politique, toutes
les décisions qui seront prises à la commune
de Matete ne vous concerneront pas parce qu'ici au Congo,
si vous êtes absent on vous ignore. Et enfin, cette
montée de colère de l'Abbé Noël
Ndungu Bula alors Curé à Saint Paul où
je suis allé animer une récollection. Face
à un bourgmestre qui venait de vendre une portion
de terre appartenant à la paroisse, le curé
tonna! « Bino bokanisi, soki toyokani awa, Saint
Rombaut, Saint Eloi na Saint Paul, tokoki kobimisa Bourgmestre
na biso moko te! ». Remplacez Bourgmestre par
n'importe quelle autorité, et adapter paroisses,
par doyennés, diocèses, etc ...j'ai l'impression
que la phrase de l'ancien curé de Saint Paul, aujourd'hui
Curé à Christ Roi, restera valable.
17.
J’entrepris cette démarche de sensibilisation
des chrétiens pour les inciter à entrer en
politique car la plupart des problèmes soulevés
dans nos animations ne requièrent pas seulement la
prière. Ce sont des problèmes sociaux qui
à leur tour, ont pour cause la situation économique
précaire de notre pays. Pour les résoudre,
il faut non seulement encourager les initiatives privées
canalisées par les commissions de Développement,
Justice et paix, et CEVB, mais aussi comme l'a dit le Cardinal
Malula, être là où se prennent les décisions
sur notre pays, notre ville, notre commune, notre quartier.
Nos équipes apostoliques ont alors entrepris des
missions en paroisses pour conscientiser les chrétiens
engagés. Nous l'avons fait de manière non
officielle. Nous avions intéressé certains
curés. Car dans notre église, je constate
que lorsque une initiative vient d'un laïc, elle dure
longtemps pour être acceptée ou appuyée;
entretemps le temps passe. Nous nous sommes dit : commençons
! Certainement que la Hiérarchie se prononcera. Si
elle refuse, on laisse tomber, si elle ne dit rien ou accepte,
on avance. Alors que nous avions déjà sensibilisé
plusieurs paroisses à Kinshasa, j'ai assisté
au Grand Hôtel au lancement de la Coalition chrétienne.
Le discours inaugural de Monseigneur Monsengwo à
cette cérémonie nous a encouragés.
Sans pourtant que nous puissions parler au nom de l'Eglise,
beaucoup de paroisses ont été sensibles à
notre message et ont commencé à identifier
leurs propres délégués. La nouvelle
a atteint toute la République. Le mouvement social
de Samba Kaputo dirigé par Pierre Lumbi et composé
essentiellement des animateurs des ONG ainsi que mon groupe
ont fait alliance au cours d'un conclave aux studios Sango
Malamu à l'IPN. Je fus élu Secrétaire
général ; Pierre Lumbi, Président.
Nous ne voulions pas devenir un parti politique. Cependant,
nous nous sommes rendus à l'évidence avec
la loi électorale que c'était plus avantageux,
financièrement et politiquement, de présenter
nos candidats au sein d'un parti politique. D'où
la création du MSR, grâce auquel, officiellement
je suis devenu ministre de la Fonction Publique.
18.
J'ai mis mon mandat sous le patronage de la Très
Sainte Vierge. Et comme pour manifester leur soutien spirituel
à mon égard, plusieurs frères et amis
prêtres voulaient bénir mon bureau. J'ai appelé
le prêtre le plus proche de mon ministère,
un prêtre qui m'a parfois associé à
l'animation de certaines activités spirituelles auxquels
il a été invité: c'est le Secrétaire
général de la CENCO, l'Abbé Santedi.
Je commençais mes activités par une courte
prière de 5 minutes : invocation du Saint Esprit,
1 pater, 1 ave, et une présentation de tous mes entretiens
et dossiers à traiter au Seigneur. II m'arrivait
de fois que dans mes moments de pause, je me mette à
lire quelques extraits de VERITATIS SPLENDOR, de
CHRISTIFIDELES LAÏCI et CENTESIMUS ANNUS
ou du Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise.
Je mettais parfois à profit ce temps, surtout au
moment de mes abattements, pour retrouver du réconfort
moral à des collègues vers lesquels l'Esprit
me poussait. Et comme l'Esprit ne trompe pas, je trouvais
la parole d'encouragement, de foi et de consolation auprès
de deux de mes collègues dont je tais les noms.
19.
J'estime pour conclure, qu'un acteur politique catholique
doit privilégier la foi à l'idéologie
de son parti. II doit régulièrement d'une
part, entretenir sa compétence professionnelle par
une formation permanente et, d'autre part, être nourri
à l'Eucharistie, à l'Evangile et à
la Doctrine sociale de l'Eglise dont il doit s'imprégner
avec l'aide de la Hiérarchie. Une mission particulière
de l'Episcopat de la RDC aujourd'hui consiste à promouvoir
un leadership politique compétent et doté
d'une grande probité morale, identifié à
partir de la base. Beaucoup d'association ou partis dits
« chrétiens » ne visent qu'à séduire
l'électorat sans se soucier des valeurs chrétiennes.
Si les universités peuvent encore former des congolais
compétents. En revanche, je trouve que c'est la tâche
propre de l'Eglise de s'organiser pour former à la
probité morale. Car la probité morale est
une question de Coeur et non de cardiologie. Une structure
ad hoc s'impose, avant que notre pays ne sombre dans un
abîme que seule une intervention miraculeuse, peu
probable d'ailleurs, pourra le sortir. Comme laïc,
nous sommes prêts à contribuer à la
réalisation d'un tel projet.
Kinshasa, le 29 mars 2008
Zéphyrin
MUTU DIAMBU – di – LUSALA, Alias frère
ZEDIA
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