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Deuxième atelier national des acteurs politiques catholiques
 

 

Clôture de l’atelier de Béthanie : Les acteurs politiques catholiques formés sur la gestion de la chose publique

Mgr Dominique Bulamatari, évêque auxiliaire de Kinshasa, représentant l’Archevêque de Kinshasa, a présidé dimanche 30 mars la cérémonie de clôture des travaux du deuxième atelier des acteurs politiques catholiques.

D’une durée de trois jours, les travaux qui se sont déroulés au Centre catholique Béthanie de la Gombe étaient placés sous le thème « Morale et politique : les acteurs politiques catholiques s’interrogent ».

Après avoir souligné l’utilité et l’opportunité de ce thème, Mgr Bulamatari s’est déclaré convaincu que ces assises ont armé les participants sur certai­nes notions fondamentales de gestion de la chose publique et que leur comportement et leur agir vont, espère-t-on, se conformer à la morale.

Le prélat a ensuite interpellé les acteurs politiques chré­tiens sur le fait qu’ils sont redevables non seulement devant les hommes qui leur ont accordé un mandat mais aussi et surtout devant le Créateur, c’est-à-dire Dieu. C’est pourquoi il les a conseillés d’œuvrer en tenant compte de tous ces paramètres au risque d’être sanctionnés sé­vèrement par les uns et les autres.

Mgr Bulamatari a, d’autre part, félicité les organisateurs de ces assises dont l’objectif est d’interpeller les acteurs politiques catholiques sur leur rôle en tant que chrétiens.

Ambroise Mutsembe, secrétaire de la Commission épiscopale des laïcs/Con­férence épiscopale du Congo (CENCO), s’est, pour sa part, félicité de l’issue heureuse de ces assises qui ont permis aux organisateurs de transmettre aux participants des notions fondamentales qui leur manquaient. « J’espère que ces assises ont atteint leur objectif, a-t-il indiqué avant de relever la neutralité de 1’Eglise catholique dans le paysage politique. Allusion faite à une certaine opinion qui condamne l’Eglise catholique de ne pas soutenir les acteurs politiques catholiques.

Justifiant cette position de l’Eglise catholique, l’abbé Mutsembe a souligné qu’elle évite de prendre partie pour l’un ou l’autre acteur politique, tel parti ou tel autre regroupement politique. Auparavant, Mme Marie-Madeleine Kalala avait lu le communiqué sanctionnant la fin des travaux.

La remise des brevets aux participants a clôturé la cérémonie qui a été rehaussée de la présence du président du Sénat Kengo wa Dondo. Au nombre de bénéficiaires figurent Jeannot Bemba Saolona, Jean-Baptiste Sondji, Christophe Mboso, Zéphyrin Mutu-di-Lusala ainsi que Mmes Marie-Madeleine Kalala et Faida Mwangilwa.

A signaler que les premiers travaux de l’atelier national des acteurs politiques se sont tenus en 2004 .(Florent N’Lunda N’silu / tiré du journal Le Potentiel du 31 mars 2008).

 

Témoignage d'un laïc, ancien Ministre de la Fonction publique

 

Chrétien et Homme Politique

 

Excellence Monseigneur l'Archevêque,
Honorables députés et sénateurs,
Excellences mesdames et messieurs les ministres,
Révérends Pères, Révérends Abbés,
Révérendes soeurs, Révérends frères,
Distingués invités, tout protocole observé,
Très chers frères et soeurs dans le Christ.

1. Je remercie infiniment les organisateurs de m'avoir invité à témoigner à ce deuxième atelier national des acteurs politiques catholiques, en ma double qualité de chrétien et d'homme politique.

2. Je me souviens qu'en 1988, il y a donc 20 ans, la Commission Episcopale pour l'Apostolat des Laïcs (CEAL), sous l'abbé Nsukula m'avait déjà invité en tant que laïc engagé dans les Equipes Apostoliques du Corps des Laïcs missionnaires, CLM, en sigle, à un atelier de réflexion sur les structures du Conseil pour l'Apostolat des laïcs catholiques au Zaïre (CALCZ) devenu (CALCC). Mais, retenu par mes nouvelles charges professionnelles au Conseil National de Sécurité, je n'ai pu répondre à ce rendez vous.

3. Je constate donc que la CEAL m'a déjà invité comme chrétien. Aujourd'hui elle ajoute la dimension politique. Bien aimés, un moment donné je me suis même posé la question de savoir si j'étais vraiment un homme politique ! En effet, pour beaucoup dans ce domaine, je tenais du prodige; et le choix opéré par le Chef de l'Etat sur ma modeste personne en tant que Ministre de la Fonction publique a fait de moi une question pour les gens de ma maison et pour tous ceux qui m'ont connu. C'est pourquoi je n'avais de cesse à demander à Dieu, Père de notre Seigneur Jésus Christ d'être mon garant et mon soutien. Oui, une véritable question, une véritable interrogation pour beaucoup de gens. Je l'ai observé lorsqu'en tant que Ministre de la Fonction publique, je continuais à animer des sessions en paroisses. J'ai vu des frères pleurer d'émotion et d'étonnement à Saint Cyprien et Sainte Catherine de Binza Ozone, à Saint Noé Mawaggali de Mont Ngafula, à Saint Jean apôtre de la Cité Maman Mobutu, à Saint Jacques de Kinkole, à Notre Dame de Fatima de Mpila à Brazzaville, à Saint Etienne de Kisenso, et surtout à Notre Dame d'Afrique et à Saint Augustin de Lemba. Et que dire de Saint Benoît, ma paroisse qui connaît les méandres de ma vie spirituelle et matérielle!
Les amis de la Revue Renaître m'ont vite approché ainsi que certains journalistes qui avaient eu à prendre part à mes animations spirituelles. Ils voulaient savoir comment moi animateur spirituel, je me sentais dans « ma nouvelle peau de ministre », surtout ministre dans un ministère réputé difficile et corrompu ! Tout cela montrait que ce choix, comme disent les Saintes Ecritures a fait de moi une question pour ceux qui m'ont connu.

4. Chrétien et homme politique, pour moi c'est la même chose, même si dans plusieurs paroisses j'ai entendu cette phrase : « Frère, chez nous en RDC, tu peux entrer propre en politique mais tu en sortiras sale, soit que tu te saliras toi-même, soit qu'on te salira ». A cette phrase, j'avais souvent répondu : une maman ne fuit pas son bébé parce qu'il s'est sali ; au contraire, elle préfère se salir elle même pour rendre propre son enfant. Le Christ n'a pas fui notre saleté, au contraire il s'est fait saleté pour nous. Je le disais parce que je suis convaincu qu'il ne faut pas laisser « un champ aussi vaste de la charité », l'expression est du Pape Pie XI, à des gens qui ne considèrent la politique que comme un moyen de s'enrichir ou de dominer les autres, ou encore un champ où ne se croisent que des intérêts. Et dans nos pays, l'intérêt personnel supplante souvent l'intérêt général. Les acteurs politiques actuels, surtout les gouvernants se préoccupent plus de préparer leur prochaine campagne électorale que de s'attaquer aux dossiers urgents qui doivent mettre en place les bases solides du développement durable de notre pays. Voilà pourquoi beaucoup de chantiers marquent encore le pas. Voilà aussi pourquoi, à la liste des huit destinataires de l'Evangélisation évoquée par le Pape Paul VI dans son exhortation apostolique « Evangelii nuntiandi n° 51-58 », je souhaite que, s'agissant de la RDC, l'épiscopat ajoute un neuvième destinataire, à savoir: la classe politique au pouvoir. Une catéchèse spéciale et continue est plus que nécessaire et urgente pour les dirigeants au pouvoir (Ministres, parlementaires, mandataires des entreprises, Agents et fonctionnaires de l'Etat, surtout ceux oeuvrant dans les régies financières).

5. Je disais que pour moi, être homme politique et chrétien c'est la même chose! En effet, c'est en tant que chrétien engagé que j'ai accédé en politique active et passive. Mon souhait est de rester chrétien 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, à temps et à contre temps. Pour moi je l'ai dit aux amis de la Revue renaître, au n°11 du 15 juin 2007, les fonctions politiques passent mais la vie chrétienne est éternelle pour ceux qui croient, aiment et espèrent. Je dois vivre les valeurs chrétiennes dans la politique. Heureusement que la Doctrine sociale de l'Eglise m'y aident. C'est pourquoi j'ai vite acheté le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise.

6. A présent, si vous le voulez, je vais présenter brièvement mon itinéraire chrétien pour montrer que concernant ma vie, être chrétien et homme politique c'est la même chose.

7. Chrétien, je le suis depuis le jour de mon baptême dans l'Eglise Sainte Marie de Kangu dans le Diocèse de Borna, le 8 septembre 1952, en la fête de la nativité de la Vierge Marie. En effet, dans les hôpitaux dirigés par les religieuses, on baptisait les nouveaux nés, 8 jours après la naissance. Mon engagement chrétien a commencé en 1964. J'étais alors en 6ème année primaire. Je faisais partie en effet des équipes apostoliques formées par le Directeur d'Ecole qui parcouraient à trois les villages environnant la paroisse de Kangu pour expliquer l'Evangile du dimanche aux vieux et aux malades qui n'avaient pas la possibilité d'assister à la messe dominicale à la Mission. A cet âge aussi, mon papa, responsable du « Kimvuka » du village me demandait pendant les vacances, d'animer le chapelet et les prières du soir chaque mercredi au village.

8. Mes humanités ont été marquées par le passage en 1969 du Cardinal Malula à Kangu, là où, d'après lui, ses parents se sont mariés. Il revenait de Singini visiter la tombe du Président Kasa vubu et du petit Séminaire de Mbata Kiela où ils ont étudié ensemble. J'étais surtout attiré par sa voix métallique et le respect de la concordance des temps dans son discours lorsqu'il nous expliquait le rôle d'un Cardinal dans l'Eglise.

9. Mon passage au petit séminaire de Mbata Kiela après mes humanités comme enseignant me donnait la satisfaction intérieure de me retrouver devant des futurs prêtres. Cette joie intérieure a explosé en moi au cours d'une messe à Saint Benoît lorsque le Père Curé, Fils de la Charité, annonçait que la Congrégation des Pères de Scheut venait d'avoir un nouveau supérieur général en la personne du Père Edouard Tsimba Ngoma. J'ai sursauté en disant : « SOCRATE », car je revoyais encore ce petit garçon de TROLIT (troisième littéraire) dans les mains du Père André Dominicy qui donnait les cours de math et physique avec moi. Au cours de cette même messe, j'admirais le président de la commission paroissiale du développement. Je me disais: celui là peut bien être Bourgmestre de la commune de Lemba et même ministre, car il s'exprime très bien, voire mieux que certains ministres de la Transition que j'avais suivi la veille sur Antenne A. j'y reviendrais.

10. Mais c'est sur la colline inspirée du Campus universitaire de Kinshasa que mon engagement chrétien va murir et les premiers échos d'un bruit de fond de mon combat politique vont être perceptibles. Le 24 décembre 1975, je suis en 1 er graduat ingénieur, le Cardinal Malula vient célébrer la messe de minuit au Campus alors que Mobutu avait déclaré jour ordinaire le 25 décembre et interdit tout tapage nocturne après minuit. Je voulais bien revoir celui qui m'avait impressionné à Kangu. Son homélie affirmant sa foi en Jésus Christ me bouleversa. Il disait: « Je crois en Jésus Christ, qu'est ce que cela change dans ma vie». Je voulais approfondir la connaissance du Christ. J'achetais avec ma bourse d'étudiants les trois tomes du Père Bemard Haring, rédemptoriste sur « La loi du Christ ». Je commençais à fréquenter la Ligue pour la lecture de la Bible du Pasteur suisse Danilo Gay et participais aux Groupes Bibliques Universitaires (GBU) à l'aumônerie protestante que dirigeait le Pasteur Marini, aujourd'hui Monseigneur Marini. Insatisfait de la doctrine qui était véhiculée dans les GBU, je découvrais en février 1976 un petit groupe de partage biblique et eucharistique formé autour du Révérend Père Jacques Paulus. Ce groupe devenait peu à peu le ter groupe de Renouveau charismatique Catholique de Kinshasa. J'étais à l'aise! C'est là, après le séminaire de la vie dans l'Esprit en 7 semaines, que j'ai reçu l'effusion du Saint Esprit. Cette grâce de l'Effusion m'a apporté une nouvelle dimension de ma foi et de mon engagement chrétien : c'est notamment le souci d'annoncer la Bonne nouvelle aux pauvres (C'est pourquoi j'ai acheté « Evangelii nuntiandi » de Paul VI) et d'apporter aux captifs la délivrance, aux affligés la joie. Les miracles dont j'étais moi même témoin me convainquaient que Jésus Christ n'avait pas besoin qu'on lui parle de l'homme, lui connaît l'homme et tout ce qu'il y a dans l'homme (Jn 2,25). Par ailleurs, en disant: « donnez leur vous même à manger », il engageait ses disciples à s'occuper eux mêmes de ceux vers lesquels il les envoyait. Beaucoup de frères entreprirent des actions de développement en orientant leurs recherches de Biologie sur l'alimentation. De là sont nés les projets SOYAPRO, KIKALAKASSA, RAT DE GAMBI, MBONGWANA et JEEP (jardins et élevages des parcelles). Quant à moi, je m'adonnai à la lecture des livres sur le développement et sur l'intercession, en particulier l'intercession mariale. J'ai alors payé les livres du Père Lebret Economie et Développement, l'encyclique Populorum progressio de Paul VI et l'exhortation apostolique Marialis cultus du même Pape. Le texte de Populorum progressio renvoyait souvent à un autre texte appelé « Gaudium et spes », tandis que Marialis cultus renvoyait à « Lumen gentium ». C'est ce qui me poussa de payer un à un les 16 documents du Concile Vatican II en fixant mon choix sur « Gaudium et Spes » que j'avais commencé à mémoriser à cause du bon français qui s'y trouve et sur « Ad gentes » de l'Activité missionnaire. Le document « Inter Mirifica » sur la Communication sociale m'avait été remis par feu Abbé Maba, ancien recteur à Jean XXIII. Je commençais alors à m'intéresser aux écrits de l'Eglise tout en me consacrant à l'Apostolat à travers de la Légion de Marie où j'ai croisé le Professeur Malu. J'entrais aussi dans la pastorale estudiantine sous la supervision de l'Abbé Ruhamani Deogratias.

11. C’est dans ce contexte que va sortir en 1978 le document « Appel au redressement de la nation », déclaration de la Conférence Episcopale du Zaïre qui porte les signatures de tous les évêques et du Secrétaire Général de la CEZ, l'Abbé Monsengwo Pasinya. L'introduction de cette déclaration décrivait avec justesse ce que nous responsables de la pastorale estudiantine vivions de la part de tous ces étudiants malheureux qui se confiaient en nous. En vulgarisant ce texte, des étudiants commencèrent à s'organiser pour se prendre en charge. La définition du « mal zaïrois » donnée dans ce texte m'ouvrit les yeux sur le dysfonctionnement de notre appareil de l'Etat et le renversement des critères de moralité. Nous lancions alors la chaîne anti corruption en y impliquant la Ligue pour la lecture de la Bible. Mais terrassé par la maladie, j'interrompis mes études pendant 3 ans. Je retrouvais la craie dans les écoles du Mayombe où je me suis engagé dans l'apostolat aux côtés de mon grand frère qui fut Chef catéchiste d'un grand sous poste de Kangu.

12. En 1984, au cours de la cérémonie de clôture d'une semaine des intellectuels catholiques consacrée aux mouvements mystiques et organisée sur le Campus universitaire de l'UNIKIN, je venais de reprendre mes études en Physique, Faculté des Sciences, Son Eminence le Cardinal Malula va déclarer ce qui s'imprimera définitivement en moi : « Intellectuels Catholiques, vous voyez la dérive spirituelle de tous ces hommes qui nous enseignent et nous dirigent, et là où ils ont amené le pays avec leur magie. Cessez de vous plaindre sur notre pays, mais prenez courage et soyez là où se prennent les décisions concernant les destinées du Zaïre. A la zone, à la ville ou au quartier, soyez là. Soyez dans toutes les institutions du Parti Etat, y compris le Gouvernement et la Présidence de la République. Et, regardant le Professeur Félix Malu wa Kalenga, Président de la Commission diocésaine des intellectuels catholiques de l'époque, il dit: « soyez comme cet homme qui, pour moi, réalise en sa personne une synthèse harmonieuse entre la foi, la science et la vie sacramentelle ».

13. Depuis ce jour là, je n'avais plus d'ambition de travailler en laboratoire mais de répercuter ce message. C'est au cours de cette année que je connaîtrai la famille Nkema autour de laquelle tournaient plusieurs personnalités politiques : les nationaux comme les étrangers. J'étais très content de cela, mais je n'étais qu'en troisième graduat.

14. Dès que je termine mes études de physique en 1987, l'Ambassadeur Nkema qui, à l'époque était devenu Conseiller Spécial, et que j'avais connu dans le cadre de la prière, me proposa d'être Analyste au Conseil National de sécurité. Lui même me dira qu'il me prit, d'abord à cause de ma spiritualité. Je réussis mon test et j'ai été engagé pour trois mois d'essai en juin 1988 puis confirmé dans la mise en place de janvier 1989 un mois avant mon mariage. J'eus la chance pour la 1ère fois de participer à la rédaction des moutures des discours de présentation des voeux du Président de la République devant les Corps constitués et devant le Corps diplomatique en janvier 1989. Lorsque j'entendis le Chef de l'Etat parier des idées et même des mots que j'ai proposés, j'ai compris que je faisais désormais partie de la sphère où se préparent les décisions. Je demandais alors au Seigneur Jésus et à sa Très sainte Mère, grâce et soutien. J'étais désormais convaincu que mes idées pouvaient être prises en compte dans la prise des décisions. Je prenais conscience que j'entrais dans l'anti chambre des hommes politiques. Et c'est là, me semble t il que j'ai commencé la politique!
Je demandais alors au Saint Esprit de me révéler les critères de jugement dans ce domaine. C'est en méditant le psaume du jour prévu à l'agenda chrétien de 1989 que j'ai retrouvé les mots ci après: « AMOUR et VERITE se rencontrent, PAIX et JUSTICE s'embrassent (Ps 85,11)». Ces mots se sont imposés en moi. Je compris que ces vertus devront constituer mes critères de jugement si je voulais faire la politique, active ou passive. Sans être exégète, je me dis: pour moi, la vérité impose la rigueur du raisonnement, donc la compétence ; la justice nécessite que le problème soit bien cerné, d'où l'effort de la documentation ; la paix exige l'indépendance d'esprit sans être avalé par l'idéologie ; l'Amour tient compte de l'intérêt général plus que de l'intérêt personnel ou celui de quelques individus. C'est d'ailleurs fort de ces vertus que j'ai été amené à revisiter le dossier des Rejetés de la Fonction publique en créant la Commission chargée du Contentieux de Recensement des agents et fonctionnaires de l'Etat. J'étais convaincu que ceux des agents qui étaient frappés par cette mesure à cause uniquement des erreurs ou fautes commises par l'Administration, devraient automatiquement être récupérés. Malheureusement, le Conseil des Ministres en décida autrement en demandant qu'on s'en tienne à ce qui avait été décidé par le passé, c'est à dire, le Gouvernement de transition. Nous avons beaucoup de choses à dire sur ce point, mais le temps nous fait défaut.

15. Depuis vingt ans que je travaille dans les anti chambres des hommes politiques, je constate que pour son développement rapide, la RDC a besoin aujourd'hui d'une nouvelle race des dirigeants, compétents et dotés d'une grande probité morale, attachés aux quatre vertus ci dessus. Mon bref séjour au gouvernement me l'a davantage convaincu. La gestion de la chaîne de paiement des agents et fonctionnaires de l'Etat par exemple requiert des hommes honnêtes et intègres. En effet, alors que c'est la Fonction publique qui est habilitée à engager les dépenses des rémunérations des agents et fonctionnaires suivant les données en sa possession, depuis plus de 2 ans, c'est le Budget qui le fait à partir des éléments que lui fournit la Direction de la Paie du Ministère du Budget. Cette Direction apparaît comme un ministère dans un ministère. Elle est le siège d'une maffia entretenue par un réseau d'intérêt difficile à déboulonner tant que cette paie restera manuelle, indépendante de la Fonction publique et animée par des personnes sans foi ni loi, qui construisent des maisons et paient des véhicules sur les salaires des autres, imposant le délestage même dans le paiement des agents et fonctionnaires. Le système des enveloppes que j'ai qualifié « d'anonymes » continuent d'être envoyées aux Chefs lieux de province pour procéder à la paie sélective voire arbitraire des agents et fonctionnaires de l'Etat. Chose que nous avons maintes fois dénoncé à différents échelons du pouvoir et qui nous a valu des ennuis. Des milliards de Francs congolais continuent à s'évaporer à partir de cette chaîne de paiement des agents et fonctionnaires de l'Etat. Il en est de même des agents de régies financières qui détournent des milliards. Certains d'entre eux sont même plus riches que les ministres et les PDG. Je compris que dénoncer ne suffit pas, il faut agir. Ayant décidé de retourner régulièrement au Trésor public près de 10 millions de Francs congolais, reliquat de la paie des retraités de la ville de Kinshasa à partir du mois de mars 2007, un collègue dira aux syndicalistes : « Monsieur l'Abbé na bino wana, lokola alingi mbongo te, akota locataire na gouvernement, akobima pe locataire ». Vrai ou faux, je n'en sais rien, mais sa prophétie s'est réalisée. Mais, j'ai la paix du coeur ! Visiblement très soucieux de moi, ces syndicalistes parmi lesquels se trouvaient deux de mes anciens co-animateurs dans la Pastorale estudiantine au Campus, sous Père Célestin Mubengayi, me déclarèrent: « Frère, ne faut pas trop mêler la chrétienté dans la vie politique, sinon okobima na rien ! Oza na bana, oza pe na mwasi » . Après une réunion du parti, un membre influent me souffla à l'oreille: « Excellence, le ministère n'est pas une CEVB. II faut être honnête, mais il faut aussi voir l'avenir ». Bien aimés, c'est vrai que ce n'est pas facile d'être honnête, surtout avec la pression de la famille et des collaborateurs, mais aussi à cause de la puissance même de l'Argent. Quelqu'un a dit: « Quand on parle de l'argent, même les anges prêtent l'oreille. Ce n'est pas facile de résister à l'Argent. Lorsque je dénonçais ces méfaits, deux collègues m'ont interpellé, l'un disait : « Vieux, tika kaka makambo wana, omoni ndenge bato batelemeli yo » ! Un autre, ancien gouverneur du Bas Congo me dit : « bino Bakongo boza ndenge nini, l'époque de Kasa vubu est révolue! Mukongo moto ayembaki : Mayi ya ebale soki ekeyi ezongaka lisusu te ! Mon frère yeba te batu nyonso oyo badénonça « maffia » , ils y ont laissé leur peau » ! Bien aimés, la RDC a besoin aujourd'hui des dirigeants qui ne tremblent pas devant l'Argent. Mais aussi, il faut que celui qui travaille ait un bon salaire. Les membres de ma famille me disent souvent : « Atako ki bokristu yango, yo moto ozalaki ministre otikala locataire ? »

16. C'est dans l'exercice de mon ministère d'animation spirituelle à travers les paroisses, dans le cadre de nos équipes apostoliques, que j'ai eu la conviction de pousser les chrétiens engagés à s'engager dans la politique. Mais lorsque à Saint Benoît, au cours de la messe où l'on annonçait que SOCRATE devenait Supérieur des Pères de Scheut, j'y découvrais comme je l'avais dit plus haut un papa « ministrable » , je me suis dit qu'il y en a beaucoup qui se cachent dans nos paroisses. Cette conviction fut encore réveillée par l'homélie d'un prêtre visiteur à la Paroisse Sainte Trinité de Debonhomme qui disait : « comme vous ne voulez pas faire la politique, toutes les décisions qui seront prises à la commune de Matete ne vous concerneront pas parce qu'ici au Congo, si vous êtes absent on vous ignore. Et enfin, cette montée de colère de l'Abbé Noël Ndungu Bula alors Curé à Saint Paul où je suis allé animer une récollection. Face à un bourgmestre qui venait de vendre une portion de terre appartenant à la paroisse, le curé tonna! « Bino bokanisi, soki toyokani awa, Saint Rombaut, Saint Eloi na Saint Paul, tokoki kobimisa Bourgmestre na biso moko te! ». Remplacez Bourgmestre par n'importe quelle autorité, et adapter paroisses, par doyennés, diocèses, etc ...j'ai l'impression que la phrase de l'ancien curé de Saint Paul, aujourd'hui Curé à Christ Roi, restera valable.

17. J’entrepris cette démarche de sensibilisation des chrétiens pour les inciter à entrer en politique car la plupart des problèmes soulevés dans nos animations ne requièrent pas seulement la prière. Ce sont des problèmes sociaux qui à leur tour, ont pour cause la situation économique précaire de notre pays. Pour les résoudre, il faut non seulement encourager les initiatives privées canalisées par les commissions de Développement, Justice et paix, et CEVB, mais aussi comme l'a dit le Cardinal Malula, être là où se prennent les décisions sur notre pays, notre ville, notre commune, notre quartier. Nos équipes apostoliques ont alors entrepris des missions en paroisses pour conscientiser les chrétiens engagés. Nous l'avons fait de manière non officielle. Nous avions intéressé certains curés. Car dans notre église, je constate que lorsque une initiative vient d'un laïc, elle dure longtemps pour être acceptée ou appuyée; entretemps le temps passe. Nous nous sommes dit : commençons ! Certainement que la Hiérarchie se prononcera. Si elle refuse, on laisse tomber, si elle ne dit rien ou accepte, on avance. Alors que nous avions déjà sensibilisé plusieurs paroisses à Kinshasa, j'ai assisté au Grand Hôtel au lancement de la Coalition chrétienne. Le discours inaugural de Monseigneur Monsengwo à cette cérémonie nous a encouragés. Sans pourtant que nous puissions parler au nom de l'Eglise, beaucoup de paroisses ont été sensibles à notre message et ont commencé à identifier leurs propres délégués. La nouvelle a atteint toute la République. Le mouvement social de Samba Kaputo dirigé par Pierre Lumbi et composé essentiellement des animateurs des ONG ainsi que mon groupe ont fait alliance au cours d'un conclave aux studios Sango Malamu à l'IPN. Je fus élu Secrétaire général ; Pierre Lumbi, Président. Nous ne voulions pas devenir un parti politique. Cependant, nous nous sommes rendus à l'évidence avec la loi électorale que c'était plus avantageux, financièrement et politiquement, de présenter nos candidats au sein d'un parti politique. D'où la création du MSR, grâce auquel, officiellement je suis devenu ministre de la Fonction Publique.

18. J'ai mis mon mandat sous le patronage de la Très Sainte Vierge. Et comme pour manifester leur soutien spirituel à mon égard, plusieurs frères et amis prêtres voulaient bénir mon bureau. J'ai appelé le prêtre le plus proche de mon ministère, un prêtre qui m'a parfois associé à l'animation de certaines activités spirituelles auxquels il a été invité: c'est le Secrétaire général de la CENCO, l'Abbé Santedi. Je commençais mes activités par une courte prière de 5 minutes : invocation du Saint Esprit, 1 pater, 1 ave, et une présentation de tous mes entretiens et dossiers à traiter au Seigneur. II m'arrivait de fois que dans mes moments de pause, je me mette à lire quelques extraits de VERITATIS SPLENDOR, de CHRISTIFIDELES LAÏCI et CENTESIMUS ANNUS ou du Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise. Je mettais parfois à profit ce temps, surtout au moment de mes abattements, pour retrouver du réconfort moral à des collègues vers lesquels l'Esprit me poussait. Et comme l'Esprit ne trompe pas, je trouvais la parole d'encouragement, de foi et de consolation auprès de deux de mes collègues dont je tais les noms.

19. J'estime pour conclure, qu'un acteur politique catholique doit privilégier la foi à l'idéologie de son parti. II doit régulièrement d'une part, entretenir sa compétence professionnelle par une formation permanente et, d'autre part, être nourri à l'Eucharistie, à l'Evangile et à la Doctrine sociale de l'Eglise dont il doit s'imprégner avec l'aide de la Hiérarchie. Une mission particulière de l'Episcopat de la RDC aujourd'hui consiste à promouvoir un leadership politique compétent et doté d'une grande probité morale, identifié à partir de la base. Beaucoup d'association ou partis dits « chrétiens » ne visent qu'à séduire l'électorat sans se soucier des valeurs chrétiennes. Si les universités peuvent encore former des congolais compétents. En revanche, je trouve que c'est la tâche propre de l'Eglise de s'organiser pour former à la probité morale. Car la probité morale est une question de Coeur et non de cardiologie. Une structure ad hoc s'impose, avant que notre pays ne sombre dans un abîme que seule une intervention miraculeuse, peu probable d'ailleurs, pourra le sortir. Comme laïc, nous sommes prêts à contribuer à la réalisation d'un tel projet.


Kinshasa, le 29 mars 2008

Zéphyrin MUTU DIAMBU – di – LUSALA, Alias frère ZEDIA

 

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